Jules Goybet : Industriel

JULES GOYBET A SES ENFANTS ET PETITS ENFANTS 20 JUIN 1907.
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Yenne le 20 Juin 1907.


Dans trois mois j’aurai 84 Ans et ma bien aimée femme qui a 13 ans de moins que moi, est relativement bien portante. Je dois donc espérer que le bon Dieu ne m’infligera pas la grande douleur de la voir mourir. C’est naturel que j’adresse à mes enfants et petits enfants mes recommandations en prévision du jour ou ma chère femme sera privée de l’aide de son vieux compagnon de route.


Nous avons du passer cette année le cinquantième anniversaire de notre mariage . Pendant cette longue union , je ne crois pas avoir causé à votre mère , par ma faute, de bien violents chagrins, mais je lui ai apporté bien de petits ennuis qu’elle m’a toujours pardonnés et dont je lui demanderai certainement pardon au moment de ma mort si j’en ai le temps, mais pendant ces 50 Ans , j’ai eu bien des occasions d’apprécier l’intelligence , le bon sens , la bonté le dévouement la délicatesse de la compagne d’élite que Dieu m’a donné .


A l’approche du départ , ma plus pressante recommandation à mes enfants et petits enfants est pour que tous entourent ma chère femme après ma mort , de respect , d’obéissance , d’appuis et de tendresse.

Je laisserai à ma bien aimée compagne une situation bien modeste, assez claire pour ne pas causer des difficultés de règlements ; ma femme n’ayant pas l’habitude des affaires , je recommande instamment à mes enfants et petits enfants de lui offrir, prudemment à l’occasion, leur appui et leurs conseils . Je désire formellement que ma femme ait après moi, une situation indépendante, pour assurer le bien être de sa vieillesse et lui permettre de donner un appui à ceux de mes enfants ou petits enfants qui pourraient en avoir besoin..
Les comptes ouverts sur mon grand livre donne la situation de chacun à consulter après mon décès.
Je demande à tous mes enfants et petits enfants de resserrer entre eux , le plus possible, les liens de famille ; c’est là qu’on peut trouver encore de vraies amitiés, des affections sérieuses et des dévouements utiles. ; une famille nombreuse bien unie prend une importance , une puissance avantageuse à tous ses membres.

Je n’ai pas la prétention de réglementer l’avenir ; pour êtres légitimes et utiles les règlements doivent être commandés par les circonstances, mais voulant éviter à ma chère femme, un soucis et un embarras, après moi , je lui ai conseillé de donner, quand elle sera veuve, l’administration et la jouissance du domaine de la Martinère à nos enfants . Il leur sera facile de s’arranger avec le fermier pour recevoir le produit en une somme d’argent et de charger l’un d’eux de l’administration et de la surveillance. ; ils continueraient en indivis jusqu’au décès de leur mère.

Dans le but d’améliorer la situation de ma femme, j’ai fait stipuler dans les contrats de mariage de nos enfants que les sommes données pour nous à cette occasion, seraient prises sur la fortune du prémourant .
Chacun de mes enfants , a dans mon Journal Grand Livre , un compte ouvert qui devra être consulté.
Je pense joindre à ces notes, un état détaillé et estimatif de notre fortune.
Voici en attendant quelques indications :

« Notre fortune se compose :

-1) Du Domaine de la Martinière. Il a été très amélioré depuis que l’avons acheté et cependant sa valeur vénale a beaucoup diminué, de même que la valeur de beaucoup d’autres propriétés rurales.

-2) De la propriété de Yenne dont la situation rendrait la vente très facile.

-3) Des titres déposés au Crédit Lyonnais . Les récépissés sont réunis dans ma caisse de valeurs . Les produits sont indiqués dans mon carnet de dépôt n°Y01. et dans les comptes semestriels du Crédit Lyonnais classés dans le dossier.

-4) Des titres déposés à la Banque de Françe , succursale de Lyon , tant en dépôt libre, qu’en compte courant d’avances. Les récépissés et le compte de la Banque sont réunis dans ma caisse de valeurs. Les comptes antérieurs de la banque sont réunis dans un dossier.

-5) d’une pension de retraite de 955 Francs de l’école de la Martinière.) après mon décès, une partie de cette pension doit être servie viagère à ma femme, c’est un renseignement à prendre et une démarche à faire quand je ne serai plus.

Nous n’avons stipulé ma femme et moi , aucune attribution spéciale dans nos testaments ; nous croyons donner une plus grande preuve d’affection et de confiance à nos enfants en leur laissant la liberté de se partager à leur gré notre succession. Nous quitterons ce monde avec la confiance que rien ne troublera ‘l’union fraternelle’ maintenue entre nous pendant notre vie .
Chers enfants, chers petits enfants , ne pouvant compter, vous avoir tous autour de moi , au moment de ma mort, je vous adresse d’avance un tendre adieu avec ma bénédiction parternelle.
Priez Dieu pour moi ; Conduisez vous toujours en bon chrétien pour être sans inquiétude au moment ou vous quitterez la vie . J’ai la ferme confiance que nous nous reverrons ( Si Dios Quiere) dans un monde meilleur que celui – ci, car j’espère beaucoup en la bonté de Dieu.


Yenne le 27 Juin 1907


Signé : Goybet






NOTES DE MARGUERITE LESPIEAU SUR JULES GOYBET
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Pierre Goybet le grand père de Jules habitait Yenne . Son fils Alexis commanditait une maison de Soirie et habitait Lyon . Alexis Goybet épouse Mademoiselle Louise de Montgolfier dont il eut 3 enfants. .Louise , Pierre Jules et Charlotte. La jeune mère mourut à cette 3 eme couche. Mon beau père fut en partie élevé par sa grand-mère, Mademoiselle Milanais, mère de sa mère et par son oncle et sa tante Antoine Goybet qui habitaient volontaz.

Ceux-ci avaient 4 fils et une fille. .

- Alexis qui fut conseiller à la cour de Chambery
- Charles Général de Division , Inspecteur Général de la Cavalerie
- Pierre avocat
- Laurent Conseiller de Préfecture.
- L’ainée , une fille nommée luçie épousa Joseph Rumilly Notaire à Yenne.

Mon beau père se fit nommer Jules pour se différencier de son cousin Pierre.

On le mit au collège de Rumilly .
Plus tard, grâce aux dernières volontés de son grand oncle Charles.dit « L’oncle de Volontaz ». , . Il entra à Fribourg ou il fit d’excellentes études et fut le camarade de jeunes gens portant les plus beaux noms.
Il aurait pu ambitionner de hautes situations grâce à sa naissance, ses alliances, son éducation mais son père mourut jeune , ayant mené une vie dispendieuse, il dut se créer lui-même.
En 1841 il rejoignait à Saragosse son oncle Augustin de Montgolfier, avec lequel il introduisit en Aragon, la fabrication mécanique du papier et la construction des machines. Il y travailla assidûment 17 ans d’abord Puis le 3 Mars 1857 il épousa à Annonay Marie Bravais . qui avait 21 Ans.

Ils retournèrent en Espagne .
Là, naquit Luisa en 1858 , puis Mariano en Aout 1861., puis Constance en Fevrier 1863. La mère de ma belle mère avait rejoint sa fille en Espagne , elle y prit les fièvres. Mon beau père revint alors en France , surtout pour elle, qui mourut d’ailleurs peu après.
En 1860 la Reine d’Espagne avait nommé Jules Goybet membre du Conseil Supérieur de l’industrie . Il serait certainement devenu fort riche, s’il n’avait pas quitté Saragosse en 1869.

L’administration de la ville de Lyon l’appela pour diriger la Martinière, école professionnelle importante, due aux libéralités du Major Martin, Lyonnais mort aux Indes .
Sous sa direction, l’école devint célèbre. Il y restera 16 ans , mais en 1879 Jules Goybet dut s’opposer aux tendances antireligieuses des nouveaux administrateurs de l’école ( En l’espece, ils voulaient qu’on ne dise plus le jour de la rentrée la messe du St Esprit.). Ils allèrent jusqu’à offrir la Croix de la Légion d’Honneur si mon beau père voulait accepter ce reniement de ses convictions !

Jules Goybet refusa d’accéder à ces désirs et réclama l’honneur d’une destitution.
Président de la Société Nationale d’Education, Vice Président de la Société de Géographie de Lyon, secrétaire de la Société d’Encouragement à l’Enseignement libre Catholique., charmant poête ; grand liseur ; Officier d’Académie, grand , distingué et , de traits nobles, c’était une belle figure.

Survint le Krash de l’Union Génerale , dont tant de Lyonnais se souviennent
Mes beaux parents y perdirent beaucoup . Ils vinrent alors vivre à Yenne une partie de l’année et changèrent d’appartement …. Ce qui n’empèche que lorsqu’en 1882 et 1889 mon mari et mon beau frêre Victor entrèrent à St Cyr, mon beau père n’eut même pas l’idée de demander pour eux Bourse et Trousseau, que bien des gens plus riches en argent qu’en vergogne, n’hésitèrent pas à solliciter …. Et à obtenir. Il avait acheté à yenne la maison qui avait contenu les archives du Marquis. Celui-ci l’avait acquise d’un Touvier époux d’une Goybet .

C’est là qu’il termina sa vie le 26 Janvier 1912. à l’age de 89 Ans ; entre les bras de Luisa, de Mariano et des miens disant « Je vais à Dieu, il est meilleur que les hommes ».
Peu d’instants avant il m’avait dit « Il y a 25 ans que vous êtes ma fille , je ne l’ai pas regretté un quart d’heure ! ». Il reste beau même sur son lit de mort .
C’était un père ‘excellent ‘, un mari dont la fidélité ne s’était jamais démentie .
Ses dernières volontés nous recommandaient sa femme d’une façon touchante et pressante : il a pu se rendre compte que nous lui avions tous obéi pendant les 18 mois qu’elle lui a survécu ! Mon beau pêre s’emballait vite et souvent mais il avait le cœur chaud et tendre, l’âme loyale, vrai type de l’homme d’autrefois.
Très attaché à ses petits enfants pour lesquels sa générosité s’accroissait d’année en Année, il avait su leur inspirer un respect et une affection des plus grandes.


Malgré la vivacité de son caractère, nous nous entendions parfaitement lui et moi et n’eumes jamais que les meilleurs et les plus tendres rapports .
Il est mort dans la chambre qui est la nôtre et souvent , s’il arrive à mon mari de s’absenter, je me sens protégée par l’âme de l’homme honnête jusqu’au tréfond de l’ être qui y a vécu avant nous . IL fut toujours incapable de la moindre compromission et ne laissa que des souvenirs d’estime profonde . C’est un bel anneau de la chaîne familiale . Il m’est doux de transcrire ici, pour ceux qui le suivent le résumé d’une vie sans tache de labeur et d’honneur !




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