Pierre Montgolfier papetier Royal

LA PAPETERIE FRANCAISE SOUS PIERRE MONTGOLFIER
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Pierre Montgolfier est le père des aerostiers . La famille est dans la papeterie depuis de nombreuses generations. Ses etablissements sont declares ecole Royale de Papeterie en 1784 grace aux progres realisès dans le domaine de la papeterie concernant les avancèes technologiques. ( Rouleau cylindrique et papier velin )


1) Le constat de Nicolas Desmaret



Membre de l'Académie des Sciences, Nicolas Desmarests est nommé par le gouvernement royal, en 1771, inspecteur des moulins à papier, puis inspecteur général des Arts et Manufactures.

Constatant que la papeterie est en régression, sa première préoccupation est de faire le point de l'état de l'art dans le royaume de France. En décembre 1774 il rédige un mémoire sur l'art de la fabrication du papier selon la méthode hollandaise.

Depuis l'introduction des premiers moulins à Troyes et Essonnes au milieu du XIVe siècle, la papeterie a progressé dans tout le royaume pour devenir au XVIIe siècle la plus importante de toute l'Europe. Importante par la production mais aussi par la qualité des produits fabriqués. On vient d'Angleterre, de Hollande pour chercher les papiers destinés aux plus belles éditions. Les revenus de ces exportations sont devenus très importants et le pouvoir royal a toujours un œil très attentif sur la corporation pour éviter que le support de sa propagande et le pourvoyeur de ses caisses ne puissent manquer ou passer en des mains étrangères. De nombreuses fois, le Roi est intervenu pour signifier sa volonté à ses sujets et mettre bon ordre aux exactions de certains papetiers. Malgré lois, décrets et édits, subsistent au siècle des lumières


Les Quatres grandes plaies de la papeterie

2- Les quatre plaies

2-1- Le manque de matières premières

La vieille peur ancestrale. Dès le début du XVIIIe siècle, malgré la baisse de la production, la chiffe se fait rare, surtout les guenilles du beau linge de fines toiles de lin. Le coton est de plus en plus utilisé pour les beaux vêtements mais il fait de mauvaises peilles qui se prêtent mal à la fabrication d’une bonne feuille. Elles sont fragiles et trop molles pour une bonne utilisation dans l’impression qui se mécanise.
A chaque épidémie tous les habits et tissus ayant contact avec les pesteux et autres affligés des fièvres sont immédiatement brûlés et ainsi purifiés des agissements du malin comme pendant la peste de Marseille en 1720 et celle qui ravage le royaume en 1747, où l'on chassait les pestiférés des villes.

C’est un moyen de prévention efficace, mais c’est aussi en ces périodes troublées la faillite des papetiers. En Angleterre seuls les linceuls de laine sont autorisés. Les hospices récupèrent les pansements et les pélhiarots redoublent d’efforts.

Les moulins étrangers, surtout en Hollande, offrent des prix plus rémunérateurs et drainent les drapeaux. En 1697, un édit du Roi interdit l’exportation des peilles pour protéger l’approvisionnement des manufactures royales. Dès 1772, la France et l'Allemagne manquent de chiffons.

Les Hollandais, grands producteurs de papiers de haute qualité trouvent un nouveau moyen de se procurer de la matière première malgré les interdictions. Ils importent d'Allemagne des gros cartons faits de pures chiffes et les retriturent dans leurs cylindres pour en faire des papiers pour l'impression. Ils venaient d'inventer la pâte à papier.

2-2- Le corporatisme

Pour mettre un terme aux conflits permanents entre maîtres et compagnons, le Roi se décide à agir.
L’arrêt royal du 27 janvier 1739 devient un véritable code de la papeterie qui définit :
· l’âge minimum de l’apprenti à 12 ans
· l’apprentissage à 4 ans qui donnera droit à un brevet d’apprenti
· le compagnonnage à 4 ans débouchant sur la présentation d’un chef d’œuvre aux garde-jurés et aux principaux Maîtres. Dans le meilleur des cas, un apprenti ne pouvait donc devenir leveur qu'à 20 ans.
Au lieu de rétablir le calme, cet arrêt met le feu aux cuves.

Les horaires. La journée de travail étant de 12 heures, les papetiers se retrouvaient libres tout l’après-midi pour aller faire ripaille.

Pierre de Montgolfier, en 1782, dans ses "ordres de la fabrication" stipule : "Le gouverneur du cylindre sonnera la cloche à 3 h ¾ pour que chacun se lève et soit au travail à 4 h précises".

Les conditions de travail. Un rapport de 1813 constate : "Les ouvriers papetiers sont de bonne heure hors d’état d’exercer le métier, leurs bras perdant toute souplesse quand ils ont atteint l’âge de 42 à 45 ans, soit par la continuelle immersion de leurs membres dans l’eau, soit encore par l’intempérance qui leur est habituelle".

Le boire et le manger. En Auvergne, il est habituel de dire : "A la foire d’Ambert il n’y a jamais assez de cochons pour les papetiers".
À Thiers, la récolte de vin étant déficiente, les maîtres proposent une compensation en argent, mais les compagnons ne connaissent que la règle, arrêtent le travail et attendent pendant un an la récolte suivante.
L’intendant du Dauphiné dénombre dans un rapport, les festivités que l’on ne saurait oublier.

"Le premier de l’an, le maître papetier est obligé de leur donner, outre et par-dessus le repas ordinaire, un coq d’inde ; le mardi gras à goûter, une oreille de cochon ; le jeudi gras, un jambon et des croûtes dorées. Le dimanche des rameaux, des beignets, le Vendredi Saint, une carpe, le jour des Rois une demi-livre de gâteaux et du vin à discrétion…..
Rien de plus révoltant que le tyrannique empire que l’ouvrier exerce envers son maître, rien de plus débauché que cette engeance, rien en même temps qui mérite autant d’attention de l’administration que la conduite ridicule de ces ouvriers qui sont tous ou presque des garnements que l’Auvergne a vomi pour tourmenter le Dauphiné".

Voilà bien le vrais problème de la profession, le boire et le manger, qui nous est confirmé par le seul écrit rédigé par l’autre parti. C’est une requête des ouvriers de Pierre de Montgolfier rédigée dans les années 1780.

"Nous nous plaignons que nous ne sommes pas nourris comme nous devons être suivant les arrangements que vous avez faits, tant vous avez voulu les tourner.
...D’ailleurs, vous nous donnez le plus mauvais vin que vous pouvez trouver car bien souvent cela nous donne des coliques. Les denrées que vous achetez pour nous donner ce sont ce que les autres ne peuvent pas manger... Il y a toute apparence, Messieurs, que vous n’êtes pas contents de nous autres, mais si cela ne vous va pas, vous n’avez qu’à nous le dire et nous prendrons notre parti. Messieurs, nous attendons votre réponse".

« La paille bas ». C’est l’expression consacrée pour "mettre la pelle bas" . Pour arrêter le moulin on ferme le canal d’amenée d’eau en baissant une pelle en bois.
Au moment des vendanges, pour tuer le cochon ou pour les grands travaux de la ferme, les ouvriers étaient conviés à se transformer en paysans.
Aux 52 dimanches s’ajoutaient de nombreuses fêtes particulières : mercredi des cendres, mardi de la Pentecôte, lundi des Rogations, jours des Morts, trois jours pour la foire locale, Jeudi Gras, lundi et vendredi Saints, lever de la rente, droit de passade, droit de "conduitte", etc. soit au total jusqu’à 38 jours supplémentaires.

2-3- La passivité des maîtres papetiers

Mi-paysans, mi-aristocrates, certains avaient une instruction au-dessus du commun des mortels. Leur filigrane est leur blason. Sous l’ancien régime ils ont obtenu de nombreux avantages et privilèges qu’ils conserveront jusqu’à la révolution.

Gentilshommes, ils portent l’épée et le poignard, sont exemptés du service de la milice. Le logement des gens de guerre et la collecte des tailles leur sont épargnés. Ils sont organisés en jurandes et ne se conforment qu’à leurs propres lois.

La défense du groupe est l’objectif majeur de la Confrérie et des règles très strictes assurent leur pérennité : obligation de prendre épouse en famille papetière, admission des seuls fils de compagnons en apprentissage, refus de présentation d’un chef d’œuvre aux garde-jurés pour les fils de maître, toutes les barrières sont bonnes pour éviter la concurrence. Souvent ancien compagnon ayant épousé la fille du maître, ils gardaient les souvenir de leurs « droits » et se montraient assez tolérants dans les règles qu’ils imposaient ou qu’ils se faisaient imposer par la « cuve ». Les moulins qui ne respectaient pas les règles étaient mis en « interdit » ou en « damnation » et s’exécutaient prestement.

Incapables de s'entendre pour faire front aux exigences des compagnons du toujours plus, ils sont contraints de subir la loi de la "cuve" ou de fermer le moulin.

2-4- L'intervention de l'État

La fuite des papetiers à l'étranger. Après la faute politique de Louis XIV qui a fait fuir l'élite papetière par la révocation de l'Édit de Nantes, la concurrence étrangère devient particulièrement vive, au début par le développement de l'offre, mais très rapidement par la qualité des produits proposés. Après une situation de quasi-monopole en Europe les papetiers français doivent faire face au savoir-faire de leurs confrères huguenots implantés en Angleterre, en Prusse, en Suisse, et surtout en Hollande.

La Hollande devient "la grande arche des fugitifs". Elle accueille en particulier les plus riches et les plus entreprenants. En 1709 ils sont naturalisés hollandais en témoignage de gratitude pour "ceux qui ont fait fleurir le commerce et les manufactures".
En France la profession entre en récession et les moulins ferment jusqu'à la révolution. En 1748, à Ambert, 33 cuves sur 60 avaient cessé de fonctionner.
La fiscalité. Le papier est un produit facile à taxer.
En 70 ans, le prix du papier est multiplié par 10 du fait des impôts et taxes, et vaut environ 200 F d'aujourd'hui la rame de Grand colombier en 1748.
Pour contrôler la fabrication et la vente de papier, un édit de 1739 renouvelé en 1741, impose que chaque feuille portera l'indication de son origine.
En 1771 on double l'impôt. La fraude devient si importante que les agissements du fisc deviennent tatillons et vexatoires. La région de Grenoble était particulièrement connue pour son économie papetière "au noir".


3- Face aux innovations étrangères

Nicolas Desmarests constate que ce sont les papiers hollandais, qui ont la préférence des imprimeurs et décide d'aller voir sur place. Il décide alors de promouvoir deux types d'actions : La diffusion du savoir et les manufactures pilotes

3-1- La diffusion du savoir.

Elle s'effectue dès la fin du XVIIe siècle. En 1698 M Desbillettes fait graver pour l'Académie huit planches pour la description de l'Art du Papier. En 1772, M. de la Lande dans son "Art de faire le papier" reprend les planches de 1698 et les complète par les dessins du cylindre hollandais.
Encyclopédistes. Leur objectif est de "faire progresser les connaissances, en luttant contre l'ignorance et les croyances, facteurs d'aliénation".
Les 28 volumes regroupent 60 200 articles de 160 auteurs. Si l'on sait qu'un millier d'ouvriers travaillent pendant un quart de siècle pour cette édition, on prend conscience de l'importance du papier et de l'imprimerie au siècle des lumières. Mais l'Encyclopédie est aussi l'arme d'un combat philosophique, le pouvoir ne s'y trompe point et censure pour "provocation envers Dieu et l'autorité royale". Les encyclopédistes courbent l'échine mais ne renoncent pas. Diderot tient bon et termine son dernier volume le 14 février 1772.
Pour l'Art du papier, l'encyclopédie reprend et améliore les planches de MM Desbillette et de La Lande. Son grand mérite et surtout d'avoir amélioré considérablement la diffusion d'un savoir existant.

"Ecolle de papetterie". C'est une idée de Mgr d'Albert, qui proposait une subvention et une rente à la papeterie qui monterait des "cylindres hollandais" et laisserait ensuite ses ateliers ouverts aux ouvriers et Maîtres qui souhaiteraient acquérir la pratique de cette nouvelle technologie.

Nicolas Desmaret, applique cette idée dans un moulin d’Angoulême mais, malgré tous ses efforts, Henry de Villarmain ne réussit pas.

C'est à Annonay que le projet aboutit en 1784 par le titre "d'École Royale de Papeterie" accordé aux papeteries de Montgolfier après cinq années d'effort.

3-2- Les manufactures pilotes


L'échange. Nicolas Desmaret avait longuement décrit, en 1764, la méthode hollandaise pour donner un apprêt au papier qui "enlève de la surface une infinité d'aspérités qui en rendoient l'usage très pénible".
Cet apprêt, appelé "échange" ou "relevage" consistait à remettre, après le premier pressage, des feutres à poils longs avec les deux faces identiques les plus fines possibles et de refaire une deuxième passe à la presse. Cette opération évitait l’envers et donnait un grain très fin suivant la qualité des feutres.

Cette opération très délicate est appliquée dés 1768 par Pierre de Montgolfier (1700-1793, portrait ci-contre) et Mathieu Johannot dans les moulins d'Annonay. Au début les pertes sont sévères car la pâte est toujours élaborée à partir de chiffons pourris alors que les habitants du plat pays utilisent déjà le"cilindre hollandois qui ne nécessite plus le pourrissage et donne un papier plus solide".
L'opération ne doit sa réussite qu'à l'opiniâtreté des papetiers et aux bonnes pâtes obtenues par les chiffons de Bourgogne.
"Le cilindre hollandois". Dans les années 1760, "le papier hollandois était d'une si grande qualité que le royaume de France n'en fabriquait pas d'aussi beau, d'aussi blanc, d'aussi agréable à la plume".
Nicolas Desmarests, entreprend plusieurs voyages en hollande pour apprendre leurs méthodes. Là, il découvre des émigrés protestants installés à la fin du XVIIe siècle, qui maîtrisent l'art du papier et qui ont su s'adapter aux technologies régionales. Les moulins à vent se prêtent mal à l’entraînement de l'arbre à came qui actionne les maillets. Ils ont l'idée d'utiliser un cylindre rotatif muni de lames métalliques qui frappent une platine fixe . La trituration des chiffes en est à ce point améliorée qu'il n'est plus nécessaire de procéder au pourrissement et que la qualité du papier obtenu en est grandement améliorée. La " pile hollandaise" fait merveille et les papiers ainsi produits sont même plus demandés que les français qui avaient pourtant grande réputation.

En 1782 Pierre Montgolfier met en œuvre le premier cylindre dans ses papeteries à Annonay. Ce premier grand saut technologique depuis Fabriano donne enfin aux papetiers français l'opportunité de sortir de l'artisanat et de combler 80 ans de retard.

Le vélin. Au XVIIIe siècle : les papetiers élaboraient le papier mais laissaient le soin à leurs clients de faire une grande partie du finissage.


Les vergeures gênaient beaucoup l’imprimeur qui malgré un polissage poussé n’arrivait pas à éliminer "ces petits sillons qui nuisent à l’impression".
Pour pallier cet inconvénient il mouille la feuille pour la rendre plus molle et plus apte à prendre l’encre et invente même le papier frictionné en le séchant entre deux faces polies.

Dans les années 1750, l’imprimeur anglais John Baskerville, aidé par le papetier Whatman, se jure de trouver une solution à la plaie des imprimeurs. Ils remplacent dans la forme les vergeures cylindriques composant le tamis par une toile métallique finement tissée.
Le grain du papier est si fin qu’on le compare au célèbre parchemin. C’est en 1757, pour l’impression de Virgile, que John Baskerville utilise le premier vélin.

En tournée en Europe, l’imprimeur Benjamin Franklin, est enthousiasmé par le produit miracle et en diffuse de nombreux échantillons en France. Il sejourna en France entre 1776 et 1785 , comme ambassadeur des Etats Unis . Il avait installé une presse à Passy et etait membre assidu de l’academie des Sciences.

.Imprimeurs et papetiers se lancent des défis pour reproduire la merveille. Le «tournoi des Chevaliers de la forme plate » est ouvert. Didot, Réveillon, Pierres, Moutard, Mathieu Johannot et Étienne Montgolfier relèvent le défi ...


Des 1777 le papier vélin est fabriqué en France par Etienne Montgolfier .

Sources : Andre Faurie . publié dans la Cellulose ( NUMERO SPECIAL 1999 )
Titre : Louis nicolas Robert inventeur de la machine à papier













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